PASCAL DABERE & MAYLIS McDONALD

Vernissage de l’Exposition Pascal Dabere et Maylis McDonald à la Galerie d’Art et d’Or le samedi 9 mai 2026

MAYLIS MC DONALD par MICHEL LAGRANGE

Sculptrice sur bois, cette femme-artiste est une révélation. Elle donne au bois qu’elle entreprend de travailler une nouvelle direction, une autre sève, un autre élan vers la lumière. Une envolée radieuse, intérieure et quasiment surnaturelle. Sculpter le bois, c’est entrer en connivence avec une matière vivante, avec une matière qui ne demande que la sublimation de son essence. Sculpter le bois, c’est obéir à la vie de la fibre et au courant de la vie végétale. C’est donner forme à un morceau de bois fabuleux, c’est-à-dire capable de parler. Entrer en sympathie avec un matériau qui pourra devenir humain. C’est ne pas craindre les copeaux qui sont des inutiles, des superflus, des incompris. C’est embaucher le bois brut, ébaucher l’œuvre en gestation, et la mener à bien, selon la vision intérieure de l’artiste. C’est donner vie, inspirer la matière, ou plutôt révéler ce dont cette matière est porteuse, souvent à l’insu des profanes.

Ainsi, cette sculptrice n’hésite pas à exposer une œuvre en cours d’achèvement, pour nous offrir la clé d’un travail suspendu. Il nous appartient de regarder avec émotion, d’anticiper peut-être, et de sentir l’odeur du bois tellement émouvante et vivace.

Ainsi, Maylis Mc Donald donne une pensée, un sentiment à la matière que nous devons oublier en tant que matériau originel et fondateur. Chaque sculpture nous attire hors de nos pesanteurs, nous mobilise afin que nous donnions à nos regards le meilleur de nous-mêmes. Sculptrice en religion, c’est-à-dire en relation avec ce qui nous dépasse, et nous concerne au fond et au meilleur de nous, elle nous offre des sculptures qui sont une célébration, qui suscite en nous le besoin de nous élever. Il y a forcément en tout acte créateur un mystère. La beauté que nous avons devant les yeux n’appartient pas seulement au visible. Il y a ce qui se voit, ce qui se touche et ce qui se sublime, c’est-à-dire le spirituel. L’art ainsi devient religion, et la religion devient l’art. Le spectateur ému que nous sommes devient un pèlerin, en tête-à-tête avec un monde supérieur de silence et de foi. Même incroyants, nous sommes métamorphosés en adorants.

Lorsque Maylis Mc Donald sculpte des sujets profanes, il persiste quelque dimension qui dépasse les limites de l’apparence. Par exemple, cet enfant qui paraît en train de naître, assisté par des mains vitales, ou ce couple au milieu d’un dialogue, un premier homme, une première femme. Ou le corps à corps de ce couple enamouré. L’érotisme est discret ; l’esprit vital, l’élan du souffle ont des pouvoirs vibrants. Cela émeut, et modifie nos fibres, nos sèves, nos canopées, révélant le côté solaire et consolant de nos pouvoirs profonds, créateurs d’altitude et de dépassement. Il n’y pas sans doute de mission plus élevée pour un artiste que cette célébration de la fidélité à ce qui nous mène au plus vivant de nos fibres vitales.

PASCAL DABERE par MICHEL LAGRANGE

Ce qui caractérise cet artiste peintre, c’est le dynamisme qu’il représente et met en scène. Jamais le statique, synonyme de pesanteur et de mort apparente. Ici, tout vibre et se métamorphose. Souvent, nous sommes à Venise. C’est un art de l’esquisse, d’une esquisse qui en dit plus long que l’accomplissement des menus détails. Cet art de l’esquisse, ce work in progress, offre une vérité vitale qui naît de l’imprécision calculée, suggestive, savante. L’imprécision, l’impression du « sfumato » nous ouvre des chemins vers le rêve, le possible, la grâce. On doit y percevoir le battement, le tremblement du temps, l’énergie du vivant, la chance du potentiel en mouvement, le charme du mystère.

Puisqu’il s’agit de Venise, il y a des brumes à la Turner qui n’oublient pas les couleurs mystérieuses. Car ici, c’est la couleur qui l’emporte, jamais inerte et toujours renaissante. C’est le triomphe du carnaval de l’imaginaire, la victoire du fantasme lumineux qui échappe à l’emprise d’une réalité terne, fade et pesante. Il s’agit d’une certaine idée de Venise, mais qui ne se contente pas des apparences. Par exemple, un tableau représente le bel intérieur d’un palais vénitien. On y voit un homme masqué, sur un grand escalier qui conduit au mystère. Mais sur un banc de pierre, un gisant allongé, tout en blancheur marmoréenne. On a dans ce tableau la vie, la mort et l’au-delà qui nous domine et nous emporte.

Car il y a chez Pascal Dabere une intuition qui ne se contente pas des divertissements. Plusieurs tableaux représentent des scènes religieuses. Une descente de croix, puissante, exacerbée, toute de sang versé pour le salut des hommes. Un triptyque, éléments d’un chemin de croix, un pape haut en relief. Toute une aspiration vers l’au-delà de l’homme, et qui le contient tout entier.

Quand il rend hommage aux anciens, il fait semblant de s’oublier pour incarner des natures mortes, « à la manière de… ». Mais Pascal Dabere reste lui-même, offrant à nos regards et célébrant un art de la vision qui lui est personnelle. Ainsi découvre-t-on un style qui permet à l’élève, admiratif des anciens, de composer un univers émancipé, conforme à sa propre vision. Par exemple, on remarque aisément, comme en d’autres tableaux, la permanence de traits noirs, vibrants, tournant autour des objets figurés, les suscitant, les animant, dialoguant avec eux, faisant de ces « natures mortes » des œuvres vives, silencieuses, dévoilant les préparatifs d’une authentique cérémonie picturale.

Par conséquent, cet art est le témoin du temps qui passe en même temps que la visée de l’intemporel. Ainsi l’œuvre d’art explicite le tourbillon de la vie, la fragilité de ce qui est beau, tout en fixant à tout jamais ce qui palpite au fil des heures. La peinture de Pascal Davere est une poésie qui se voit, une poésie mise en couleurs, ce qui rassure et fait du bien.