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FRANÇOIS PAGÉ Expo 2026


LE MOT DE MICHEL LAGRANGE
Il y a un poète chez François Pagé, de plusieurs manières complémentaires. Parce qu’il pense et voit grâce à des mots qui anticipent et appellent ses peintures à venir. Ce sont des mots qu’il va mettre en images. La peinture est chez lui une poésie en couleurs. « Ut pictura poesis », la poésie ressemble à la peinture, écrivait la poète latin Horace. Une mise en poésie du monde. J’appelle l’imagination de François Pagé une Pagination. Une page, d’ailleurs, c’est une période de la vie d’un individu ou d’un peuple ; on dit « une page d’histoire ». C’est aussi la manifestation d’une œuvre artistique.

François Pagé est un rêveur. Il donne corps, il donne vie. À qui ? À quoi ? Il donne corps et âme à des visions, à des rêves qui passent, à du visible, aux souffles du vent, aux exploits de la lumière, à du silence, à de l’invisible. On sent vibrer dans ses compositions une inspiration donnée par le grand large. Sensualité, contemplation, esprit nomade, il est toujours question d’Amour. Amour des êtres, amour des choses.
François Pagé sublime le banal des apparences. Il y a chez lui non pas la nostalgie d’un Paradis perdu, mais sa foi dans un Paradis qui est en nous et qu’il appartient à l’artiste de révéler, de mettre au grand jour qui est celui de la Célébration.

La Muse lui a dit : « Ne pense pas trop ! Ne réfléchis pas trop ! Laisse-toi faire ! Reviens aux sources vives ! Donne priorité aux fleurs, aux belles femmes, aux inventions de la nature ! C’est dans cette illustration que tu découvriras un art de vivre et de donner. Peindre des fleurs, des prairies baignées de soleil, des femmes nues en liberté dans l’eau, c’est témoigner de l’éphémère et le rendre durable en le poétisant.
S’il me fallait résumer mon impression devant les toiles de François Pagé, je dirais que c’est le peintre de l’innocence, du plaisir vital, de l’hommage à la Vie. C’est la pureté rare du témoin de la joie de vivre. Du Bonheur retrouvé. À preuve, François Pagé, comme les Impressionnistes, n’aime pas le noir et la prose des ombres incultes.

N’attendez pas de cette peinture une révolution conceptuelle ! La beauté que recherche François Pagé est pure et naturelle ; elle n’a pas besoin de surprendre par la nouveauté ; c’est assez qu’elle soit beauté, qu’elle soit bonheur.
Avec notre peintre, grâce à lui, l’œuvre d’art nous apporte la lumière, un peu d’éternité, devient un havre de paix intérieure. Et cela est héroïque, en une époque où des esprits sont rendus malades par le culte des apparences, par la dévotion à l’éphémère, à la consommation qui nous rend solitaires, par l’érosion du temps, par la laideur qui se voudrait originale, par un mal de vivre lancinant et sans issue, par la mort et ce qui nous anéantit.

Peindre la poésie de l’innocence, cela est beau et plus difficile qu’on ne croit. Car il est plus facile, plus noble apparemment de célébrer les ténèbres et l’absurdité vitale que de louanger le Bonheur, et la Beauté qui est Bonté de l’ici-bas. Je devine même en ses compositions en filigrane un aperçu de l’au-delà, quelque chose de bientôt mystique. Et, sans doute, y a-t-il, dans ces visions des belles apparences, une mise à nu du divin sur le point d’affleurer…

Ainsi, le peintre traduit par ses œuvres un hymne à la joie de vivre. Cela n’est pas de l’égoïsme, mais l’expression mise en beauté de la force de résister à tout ce qui est abominable aujourd’hui. Il s’agit d’être digne de ce qui nous arrive, de demeurer à la hauteur de la grâce qui nous est faite de vivre, d’être vivant sur terre ; c’est un vitalisme exaltant, c’est une action de grâce. En cela, dans la beauté de ses compositions qui ne doivent rien au hasard, mais doivent tout à la foi vitale, François Pagé est bienfaiteur. Il peint comme on devrait s’honorer de vivre : au plus près du sensible, du sincère et du vrai. Et son art du bonheur devient une consolation, une espérance, une valeur refuge.
Michel Lagrange octobre 2026








