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LISE DEL MEDICO & MATTHIEU ROUCHOUSE




LISE DEL MEDICO par MICHEL LAGRANGE
La découverte des sculptures de Lise Del Medico est une heureuse révélation. Dans le contexte de conflits et d’angoisse que nous subissons, ces œuvres sont des moments de quiétude, de bien-être. Je dirais, jouant sur le nom de la sculptrice, Lise Del Medico, que ses sculptures sont « médicinales » car elles soignent nos blessures mentales, nos stress quotidiens.
Il y a dans ces œuvres une grâce, une sérénité, une fluidité, quelque chose d’immobile, de retenu et de profondément émouvant. C’est un art du silence, des yeux clos refermés sur un univers intérieur, un art de l’innocence, de la paix de l’esprit. Tout cela me fait penser à des temples bouddhistes, à des monastères cisterciens. L’Orient dans son dépassement des apparences, l’Occident dans sa tendresse mystérieuse et métaphysique.

Lise Del Medico manifeste un grand besoin de tendresse, je dirais d’amour pour ce qu’elle sculpte. Les yeux clos symbolisent une vie intérieure, les mains tendues, parfois démesurées, signifient le don, l’accueil.
Cette grâce silencieuse me fait penser à des sources que sans aucun doute Lise Del Medico connaît bien. Je veux parler du tibétain Lobsang Rampa et de son troisième œil spirituel ; et de Georges Jeanclos, le sculpteur de la fragilité et de la tendresse humaine. Il y a chez notre sculptrice une sorte de quête de l’au-delà, de spiritualité, de volonté de dépassement des rugueuses apparences, au profit d’un hommage à l’Unité primordiale où se confondent les quatre éléments fondateurs.

C’est donc un art de la simplicité acquise, du dépassement, de l’amour vital, de la confiance, et cela fait du bien. Et cela nous remet dans le secret de la beauté qui sauve, qui éclaire, qui transcende. Loin d’une création à la mode, d’un art brut, conceptuel, expressionniste, miroir de nos conflits. Ce n’est pas d’un miroir impuissant qu’il s’agit mais d’une fenêtre grande ouverte vers l’au-delà, où s’épanouit notre bonheur humain. Un art du salut spirituel et du dépassement de soi. Un art de l’exaltation qui grandit ceux et celles qui en sont habités. L’élongation des corps n’a rien de dramatique, comme chez Giacometti, elle est une invitation au bonheur d’aller plus haut que soi, dans une libération heureuse, dans une fusion sentimentale avec un idéal mis en beauté majeure.


MATTHIEU ROUCHOUSE par MICHEL LAGRANGE
Il y a deux types de peintures chez Matthieu Rouchouse. Une première série, sans doute plus ancienne, plus classique, exploitant le décor pour sensibiliser notre regard à des paysages bourguignons ou exotiques. Des peintures de villages dans lesquels les rues, les maisons sont des êtres vivants, en apparente immobilité, mais peints avec une telle sensibilité qu’elles sont en vie. Elles nous donnent le sentiment du temps qui passe et qui ne passe pas, d’un relief vital où il ferait bon s’installer. Car Matthieu Rouchouse est le peintre du plaisir vital. Qu’il s’agisse du Vietnam ou de la Bourgogne, la beauté du visible est constante. Abolition des distances. Bonheur paisible, équilibre et permanence. Mais ce que je trouve passionnant dans cette exposition, c’est le passage de cet art de peintre classique, voire traditionnel, à un art totalement différent, étranger à ce culte des apparences. Comme si le peintre en avait assez d’une netteté fière de ses limites. Comme si peu à peu s’imposait en lui le besoin de se libérer des contours contraignants qui font la joie des dessinateurs linéaires, comme si quelque chose de plus émouvant attirait son regard. Déjà dans un tableau il est question d’une mer qu’on ne voit pas. On la devine à ce corps féminin, à un geste, au vent dans les cheveux. La mer devient une évidence, et je vois ce que la femme admire. Présence-absence. Poésie de la prose. Questionnement de la distance.

Cela s’accomplit dans les dernières toiles que leur sfumato poétise. Dans ce « Coffee Cold », le peintre refuse la mise au point, la mise au net, et cultive savamment un brouillard vaporeux, qu’il semble affectionner de plus en plus. Flou artistique, dirait-on de façon banale. Flou musical, éloge du mystère. Poétisation d’une réalité qui se dématérialise, qui s’onirise. On dirait que le peintre décrit un « rêve étrange et pénétrant/ d’une femme inconnue et que j’aime et qui m’aime »… Poésie verlainienne, où rien ne doit poser, peser, se limiter. On est dans l’impression à l’état pur. « Le Temps est Bon », c’est un Monet dans son apesanteur, grâce à la poésie d’un regard spirituel. (je songe à « La Femme à l’Ombrelle »)

Image évanescente, offerte à nous qui devons mériter ce qui s’appelle « grâce ». Je ne dois pas retomber dans l’erreur de vouloir corriger ce flou en l’accusant de défaut de vision (on n’est pas chez un opticien !). Je dois me contenter de la beauté qu’il m’offre, de la poésie qu’il invente, de la liberté qu’il laisse comme un idéal. Car Matthieu Rouchousse est un idéaliste.







