ELODIE DOLLAT & BEATRICE DEMONGEOT

Vernissage de l’Exposition ELODIE DOLLAT

BÉATRICE DEMONGEOT par MICHEL LAGRANGE

Il y a dans l’art de Béatrice Demongeot quelque chose d’apaisant, de rassurant, de tendre. Tel est le privilège d’une œuvre qui refuse certaines audaces contemporaines marquées par une époque de troubles, de confusions, d’angoisses, de désespoir existentiel, une époque de pesanteurs mentales, de refus ou d’incapacités au bonheur, une époque d’individualisme sans espérance ni fondement.

Au lieu de cela, les créations de Béatrice Demongeot refusent cette actualité désastreuse, sortent du temps, fidèles à la mission de l’argile marquée par un souffle créateur ; elles donnent la vie intemporelle, elles suscitent l’innocence. C’est tout un art de vivre qu’elles nous enseignent. La sculptrice est une mère qui enfante son univers d’amour, qui demande aux âges de la vie, aux couleurs de la vie, le meilleur, la réussite, l’art d’être heureux, l’art d’être humain. Et le spectateur que nous sommes doit devenir, grâce à ces œuvres offertes, un être attendri, admiratif, ému.

Nous sommes investis par une envie de ressourcer nos cœurs ici-bas dans l’humain, là-bas dans l’exotisme, loin de nos soucis contemporains. Si nous réussissons, c’est qu’il y a en nous, toujours présent, un regard amoureux de l’enfance, de notre enfance et de notre avenir serein, heureux, reconnaissant de vivre. Et je voudrais souligner un aspect capital de ces sculptures : beaucoup sont souriantes, enfantines. L’image d’une figure souriante est une invitation à sourire de même. C’est cela l’énergie que la sculpture cherche à procurer : s’ouvrir à la vie, le meilleur moyen d’instiller un ordre heureux dans un monde cruellement incertain. En cela, les personnages de Béatrice Demongeot sont bienfaisants et ses sculptures nécessaires.

De ses voyages, qui ne sont pas des voyages touristiques, mais initiatiques, Béatrice Demongeot rapporte des regards, des présences, des couleurs qui sont des sympathies humaines. Une forme de sagesse, d’empathie. Un art ouvert à tout ce qui est humain, un art de la fraternité, celle qui aime, qui comprend, qui guérit.

C’est pour cela que cette artiste est précieuse, à l’heure où tout se déshumanise. Mieux vaut la sensibilité humaine, toute humaine, qu’une intelligence artificielle, toute artificielle.

ÉLODIE DOLLAT par MICHEL LAGRANGE

Chez Élodie Dollat, on chercherait vainement l’apparence humaine. L’être humain est absent, disparu, congédié, comme s’il était indésirable, inférieur à la dimension que l’artiste veut donner à sa création. Se défaire de l’obligation de représenter ce qui existe simplement sous nos yeux, c’est ouvrir grandement la porte à l’imaginaire.

Il y a chez cette artiste peintre un usage du cosmos, une attention à une sorte de chorégraphie céleste qui en fait une voyageuse intersidérale. L’abstraction lyrique de ses œuvres, même les monochromes, la pousse à chanter de concert avec la musique des sphères. C’est la symphonie des éléments en suspension, qui nous emporte au-delà de nos pesanteurs terrestres. Quand Élodie Dollat devient Mélodie Concertante, elle s’en prend à la matière, elle sculpte des désarrois qui sont des quêtes d’un percement de nos limites. On dirait que ce peintre au féminin, au lieu de regarder ce qui se passe à l’extérieur, avec les yeux de son corps, décrypte ce que les yeux de son esprit découvrent. Elle met alors au jour ce qu’elle a vu dans une obscurité peuplée des éclairs de ses propres visions. Une fois la vision intérieure captée et mise en peinture, Élodie Dollat lui demande d’agir sur l’œil intérieur de celui qui la contemplera. Cela peut être surprenant, douloureux même. Déchirures, déchirements, désastre en harmonie, descente au pays des pulsions et des plaies.

Alors la toile se gonfle, se sculpte, exagère ses contours, creuse ses profondeurs.

Prenons une toile appelée « Djinn » par exemple. On peut penser au jean déchiré de nos adolescents, qui est une mode ou un mode de vie, en contraste avec le beau style de la tradition. Il y a dans ces déchirures, comme dans celles de la grande toile du fond, une torture, une atteinte à la surface des choses, aux apparences, une source d’intranquillité, de brutalité spirituelle (car il s’agit d’un art brutal). On dirait qu’une mise à mort a eu lieu, qu’on a tiré sur quelque chose ou sur quelqu’un. Une trouée a perforé la surface des choses. Une agression, un essai de crucifixion païenne (une croix se dessine au-delà du trivial).

On dirait que l’artiste a fait un étrange voyage au-delà, au commencement des choses, et qu’elle revient de je ne sais quel « de profundis » pour nous le raconter en couleurs, en douleurs, en mystère, en extase. Autant d’imageries mentales qui laissent place à ce qu’il y a de poétique, d’onirique, de spirituel dans notre univers intérieur. Ce que l’on pourrait appeler « l’Âme des choses », qui nous attire à l’existence. Alors, faisons l’effort d’aller vers elle qui vient vers nous pour embellir notre vie quotidienne.