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NADINE CALAIS – WIM – MARIE-CLAIRE D’ARMAGNAC

LES ARTISTES présentés par MICHEL LAGRANGE

Les sculptures de Wim Pieters sont créées pour fasciner notre regard spirituel. Elles sont en pierre, calcaire ou marbre, de couleur blanche en général, ou dorées, ce qui leur confère une pureté, une force vibratoire que la couleur rendrait anecdotiques et superficielles.

Ce qui saute au regard, c’est leur géométrie impeccable, c’est-à-dire sans faute. Une géométrie qui dépasse les calculs, et se transmue en énergie, comme la musique de Jean-Sébastien Bach. Cette géométrie de l’équilibre est une source d’ouverture et de dépassement. Il y a des spirales, dont notre esprit doit poursuivre le cheminement. On n’est plus dans la représentation, on est dans le Mystère, dans le Sacré. Comme chez Jean-Sébastien Bach. Ces figures sont des rituels qui nous parlent, si tant est qu’on oublie l’espace et le temps qui nous plombent.

Ce sont des sculptures d’évasion, de petites odyssées spirituelles. On en oublierait la salle où elles sont présentes, au profit d’un espace et d’un temps cosmiques. Certes, on n’y voit aucun humain, mais tout nous parle de nous, de notre quête de l’équilibre et de la totalité. Même celui qui ignorerait les vertus du nombre d’or serait impressionné par la force silencieuse qui rayonne de ces combinaisons géométriques.

L’arbre qui jaillit et se dresse entre ses racines et sa canopée nous dit que la nature ne se limite pas à des questions écologiques, mais qu’un rituel d’admiration, de célébration est de mise et d’actualité. Une actualité intemporelle, qui se retrouve dans tous les centres spirituels, tant en occident qu’en orient. Je me rappelle les mandalas au Cachemire, et je retrouve ici le même art du silence et de la communion. Je me rappelle les rosaces de nos cathédrales, et je retrouve ici le même centre rayonnant qui m’attire et me convoque en l’au-delà. Ces sculptures sont des rituels et nous demandent de devenir des croyants.

Ainsi, on voyage entre ciel et terre, on est en lévitation pour peu qu’on s’abandonne à des figures de notre perfection, intimement liée à la perfection de la création divine.

Les peintures de Nadine Calais sont apparemment fort éloignées des sculptures de Wim Pieters. Apparemment seulement. En réalité, elles ont plus d’un point commun avec celles-là.

Ce sont des œuvres hautes en couleurs, apparemment abstraites, malgré l’apparition de figures en train d’émerger d’une confusion de chaos cosmique.  Alors, seulement la figuration charge ces œuvres d’un potentiel érotique, au sens quasiment religieux du terme. Une communion.

Ces peintures sont les représentations d’un univers en gestation, en création, en expansion, qui ne semble pas avoir encore trouvé son achèvement, son équilibre, son harmonie. En cela, elles semblent antérieures aux créations de Wim Pieters. Mais elles nous parlent de la même cosmologie, des mêmes quêtes d’une totalité englobante.  Du même respect pour ce qui nous féconde et nous dépasse.

Il y a dans ces œuvres en expansion tout un composé de silence et de vertige. Ce sont des nébuleuses, des amas de matière cosmique. Parfois, un visage émerge de cette musique des sphères, comme une apparition miraculeuse autant que prometteuse de vie. Certaines œuvres mériteraient de s’intituler « Chapelle de la Genèse ». Ce sont brouillons d’éclairs, énergie spermatique, l’or des étoiles. Hommage à l’énergie vitale, qui ne se limite pas à notre petite boule terrestre.

Parfois, Nadine Calais nous attire dans une dynastie égyptienne, à l’apogée d’une civilisation qui nous fascine. Comment ne pas entrer dans ce passé historique où la légende a beau jeu de nous éblouir, où l’anecdote nous mène à l’essentiel, où la couleur conduit à la lumière ? l’Égypte est pour Nadine Calais une entrée dans un monde où la rêverie nous mène au sacré, où les apparences sont porteuses d’un au-delà monumental. Le bleu d’un Nil de légende nous ouvre les portes d’un autre monde chargé d’histoire et de mysticisme.

On dirait que pour ce peintre la culture égyptienne réussit à nous relier à l’au-delà comme peu de civilisations ont su le faire.

Bref, les œuvres de Nadine Calais font de la représentation picturale un passage vers ce qui nous inspire depuis la nuit des temps, et de l’imaginaire un moteur de recherche spirituelle extrêmement efficace.

Les peintures de Marie-Claire d’Armagnac relèvent d’un autre univers que les précédents. Quant au style et aux visions, ces toiles nous content une mythologie de la tendresse et de l’harmonie. L’être humain, le plus souvent féminin, y fleurit en couleurs.

Ce sont des femmes-fleurs, des femmes-fruits, qui apparaissent dans une abondante végétation, exubérante, tourbillonnante, sympathique. Je dis « sympathique » parce que les éléments végétaux, et quelques figures animales, sont de connivence avec ces figures, dansantes, heureuses, libres, volubiles, fertiles. Me reviennent à l’esprit ces vers de Verlaine :

« Voici des fleurs, des fruits, des feuilles et des branches

« Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous… »

Ce sont des figures oniriques, érotisées, célébrées innocemment par le regard et la sensualité du peintre.  Tout un jeu de masques fait penser à quelque carnaval, je dirais vénitien, vu les guirlandes, les déguisements, les brumes de couleurs et les épanchements. On peut se référer aussi aux illustres kermesses flamandes, ou à la mystérieuse fête du Grand Meaulnes…

Le sfumato des contours accentue leur mystère. C’est d’un univers de fête qu’il s’agit, d’une célébration païenne, de la joie de vivre au sein de l’univers. On est dans le « présent » du monde, au sens de cadeau vital, et de palpitation contemporaine. On est dans l’hédonisme célébrant la vie, l’amour, la fusion des êtres.

Mais tout cela se mérite. Il faut être attentifs à ces apparitions, car elles ne se livrent pas du premier coup d’œil. Il y a comme un jeu, tel celui de nos images d’enfance qui dissimulaient, dans les contours ambigus de la végétation, des personnages à découvrir, riches de belles surprises et de potentiels inédits.

S’agit-il d’apparitions rêvées ? Réelles ? En tous les cas, rendons grâce à Marie-Claire d’Armagnac d’avoir piégé cette harmonie paradisiaque, d’avoir mis en musique les mystères des Mille-et-Un Jours, des Mille-et-Une Nuits de l’innocence et de la beauté. Si ce sont des chants de sirènes, eh bien, laissons-nous envahir et rêver de concert.